Tournée des brasseries du Vieux-Continent

Amburon - Belgique

Amburon - Belgique

On a beau être en plein cœur de l’Allemagne viticole, j’ai beau travailler à la SAQ depuis 13 ans et tripper sur le vin, on reste quand même des brasseurs de bière ;) Après 5 journées dans les vignobles, il est temps d’aller visiter quelques brasseries !

 

Tungri

Donc on part pour la Belgique. À 5h du matin. En plus, la veille, c’était l’anniversaire de Max, notre « guide ». Ouf.

Notre première visite, à 10h, est chez Amburon Belgian Craft Brewery, à Tongeren. C’est officiellement la plus vieille ville de Belgique. Davy, brasseur et co-propriétaire, nous reçoit avec un grand sourire et une bière à la main.

Aussi connue sous le nom de Tungri (gamme de bière et le nom de la première tribu à s’être installée dans la région), Amburon est toute jeune dans l’industrie brassicole plusieurs fois centenaire de la Belgique. Ouverte fin 2016, la brasserie propose une gamme de bières belges légèrement « atypique » : une Blonde (7.5%), une Bitter belge (7.5%), ainsi qu’une Dubbel (7%). Toutes refermentées en bouteilles, elles sont également très digestes. On a même le chance de goûter 2 bières aux fruits, dont une jamais commercialisée pour cause de problème de carbonatation. Ça mousse trop, mais c’est délicieux !

Autour de leur excellente Dubbel, Davy nous parle un peu du marché de la bière en Belgique, et à quel point le regard des consommateurs sur une nouvelle micro est différent d’au Québec. En effet, il croit que le regard des consommateurs sur une nouvelle brasserie est généralement méfiant, dans cette industrie très « traditionnaliste ». Intéressante observation !

 

De Koninck

De Koninck - Anvers - Belgique

De Koninck - Anvers - Belgique

Direction Anvers pour la soirée : Max connaît bien Sven, le brasseur en chef là-bas.

De Koninck, c’est difficilement ce qu’on pourrait appeler une micro : c’est gros, très gros. Fondée en 1883, elle a une histoire riche et intéressante, qu’on se fait conter au cours d’une visite « interactive » qui a dû coûter assez cher merci.

Après une Wild Jo au bar, une 100% Brett franchement bonne (ils essaient de moderniser leur offre un peu), Sven nous amène dans son « antre » nommé The brewer’s cave, une petite salle de réception pour événements spéciaux qui lui sert également de chai : il veut commencer un programme de maturation en barriques, et ses 8 premiers tonneaux y séjournent.

Il y a déjà de la musique dans le background… Sven nous explique qu’il tient à ce que ses tonneaux vieillissent avec de la musique ! Et pas n’importe quelle ; pour cette batch là, c’est au son de Barry White qu’ils acquerront toute leur personnalité !

S’ensuit une dégustation de Stout impériale, déclinaison Bourbon, Cognac, Rhum. Sven nous parle de ses anciens boulots ; il a entre autres été maître-brasseur pour la Duvel (!) pendant 8 ans, et nous explique par exemple certains changements qu’il a effectués concernant la levure. Trop complexe pour entrer dans les détails ici, mais vraiment intéressant !

Quelques verres plus tard, Sven annule finalement son rendez-vous et nous invite à découvrir le resto quelques étages plus haut du bâtiment où l’on se trouve. En fait, De Koninck est propriétaire de presque tout le quadrilatère ; en plus de la brasserie, du pub, De Koninck loue des locaux à une fromagerie, une chocolaterie, une boucherie, quelques restos, etc.

Évidemment, ça se termine dans le parking de l’hôtel où on dort, avec une Oude Kriek de De Ranke bue à même la bouteille ! Bonne nuit !

 

Slot Ostende

C’est par un doux matin que l’on traverse la frontière néerlandaise pour se retrouver à Goes, une tranquille ville de Zélande, aux Pays-Bas (eh oui, il y avait la Zélande avant la Nouvelle-Zélande).

On visite tout d’abord le brewpub / resto-boutique, puis on nous emmène au bureau rencontrer l’équipe. Ils possèdent un chai dans un hangar derrière, où reposent une bonne centaine de barriques.

Slot Ostende, à l’image de l’industrie de la bière artisanale aux Pays-Bas, a le vent dans les voiles. On termine le petit tour à leur nouvelle usine de production, qui est encore en construction. Ils prévoient acheter un millier de tonneaux pour remplir leur futur chai, qui est… immense ! Il semblerait que le «barrel-aged» soit également pas mal fort en Europe…

Stephan, qui nous fait visiter tout ça, nous mentionne qu’il pourrait nous aider si nous voulions exporter nos bières aux Pays-Bas. Il nous parle aussi de collabo… à voir !

 
Jopen - Haarlem - Pays-Bas

Jopen - Haarlem - Pays-Bas

Jopen

Une autre brasserie pionnière dans le craft beer néerlandais, Jopen (dont le nom fait référence aux tonneaux de bois de 122 litres dans lesquels on transportait autrefois la bière), est devenue grande, très grande. Fondée dans les années ’90, ils ont sans cesse pris de l’expansion et comptent aujourd’hui sur une usine de production des plus modernes.

Ils possèdent également une église-bar (beau concept que celui d’un débit de boisson situé dans un édifice religieux), où l’on déguste quelques-unes de leurs bières, notamment la Koyt. En effet, Jopen se distingue entre autres par la mise en marché de cette bière, une «gruit» typique de la ville de Haarlem dont la recette, attestée par le Conseil de la ville, remonte à 1407. On a affaire à une bière rougeâtre, titrant 8,5% d’alcool, plutôt épicée et légèrement sucrée. Sans houblon, évidemment !

Bien qu’il y ait aussi une longue histoire brassicole néerlandaise, les brasseurs (que nous avons visités, à tout le moins) semblent un peu moins « subir » le poids de l’histoire et offrent des styles de bières un peu plus « nouveau-monde » et plus « tendance » que ce que nous avons pu expérimenter en Allemagne. La loi de la pureté allemande a ses limites… pour le meilleur et pour le pire.

Texte : William Marin

Photos : Ranko Bobusic